Les marchés

Les marchés accueillent favorablement le verdict des élections américaines. Le CAC 40 bondit de 1,96% à 8 178 points, porté par la baisse des taux obligataires. Aux États-Unis, les démocrates ont remporté les deux chambres du Congrès, infligeant un revers majeur à Donald Trump. Cette nouvelle configuration politique devrait limiter ses marges de manœuvre, notamment sur les dépenses publiques. Une perspective plutôt bien accueillie par les investisseurs, qui espèrent davantage de discipline budgétaire et moins de décisions imprévisibles.

À Paris, les banques profitent de ce mouvement, on en reparle. Wall Street rebondit également, le SP&500 et le Nasdaq progressent respectivement de 1,3% et 2% Mais la victoire démocrate soulève de nouvelles interrogations pour l'intelligence artificielle. Le secteur pourrait faire face à des règles plus strictes, notamment sur la construction des centres de données et leur consommation d'énergie.

Pour autant, les valeurs technologiques américaines résistent dans l'ensemble. Amazon bondit de plus de 7%, Alphabet gagne 4% et Meta 2%. Les marchés semblent donc privilégier, pour le moment, le soulagement politique aux craintes réglementaires. Et après les fortes turbulences des dernières semaines, cette séance offre une bouffée d'air bienvenue !

Les valeurs

Les banques

Les banques françaises retrouvent des couleurs. BNP Paribas s'envole de 4,7% à 91,70€, dans le sillage de Société Générale (+3,8%) et du Crédit Agricole (+3,3%). Le secteur profite pleinement de la baisse des taux obligataires après les élections américaines. Le mouvement est d'autant plus intéressant que l'agence Fitch a annoncé hier une révision de « stable » à « négative » des perspectives de crédit de BNP Paribas et du Crédit Agricole, tout en maintenant leur notation à AA-. Une décision liée à la dégradation des perspectives de crédit de la France.

Mais aujourd'hui, les investisseurs préfèrent retenir la baisse des taux souverains, qui réduit les inquiétudes autour du financement des États et des risques pesant sur les banques. Après plusieurs mois difficiles, le secteur bancaire européen bénéficie donc d'un véritable soulagement. Mais clairement, les problèmes budgétaires français n'ont pas disparu ! Et une amélioration durable des cours dépendra aussi de l'évolution de l'activité économique et du coût du risque, autrement dit des pertes potentielles sur les crédits accordés. Les actions de BNP (+14%), Société Générale (-6,6%) et Crédit Agricole (-11,3%) signent des performances contrastées depuis janvier.

Thales

Changement d'ambiance dans la défense. Alors que les banques s'envolent, Thales signe l'une des plus fortes baisses du CAC 40 (-2,36% à 227,50€). Le groupe français est loin d'être seul : BAE Systems, Leonardo, Saab et Rheinmetall cèdent également du terrain. À l'origine de cette correction, la victoire des démocrates aux États-Unis. Les investisseurs estiment que le nouveau Congrès, qui prendra ses fonctions en janvier, pourrait freiner les ambitions militaires de Donald Trump. Les élus démocrates pourraient notamment contester de nouvelles augmentations du budget de la défense et encourager une solution diplomatique au conflit iranien.

Mais attention aux conclusions hâtives ! Le réarmement européen ne dépend pas uniquement des États-Unis. Les besoins de modernisation des armées, les tensions géopolitiques et les commandes déjà enregistrées constituent toujours des moteurs importants pour Thales. Le recul du jour traduit surtout un changement d'anticipations politiques, pas une détérioration soudaine de ses activités. Depuis le début de l'année, l'action Thales cède désormais 1% à la Bourse de Paris.

Palmarès SBF 120

Plus fortes hausses : M6, Métropole TV (+12,06% à 11,34€) ; Ubisoft (+8,71% à 4,25€) ; Kering (+6,36% à 191,7€).

Plus fortes baisses : Soitec (-11,78% à 110,05€) ; Mersen (-5,64% à 38,16€) ; STMicroelectronics (-5,14% à 40,88€).

Le coin des smalls

Métropole TV

Belle surprise pour M6. Le groupe audiovisuel s'envole de 12,06% à 11,34€, après des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. Son chiffre d'affaires progresse de 9,4% à 294,5 millions d'euros, contre 278,2 millions anticipés par le bureau d'analyse AlphaValue. Cette performance profite notamment de la diffusion de 17 matchs de la Coupe du monde, qui a soutenu les recettes publicitaires (+6,2%). Le streaming confirme également son dynamisme, avec des revenus en hausse de 26,7%, grâce au succès de M6+ et à son partenariat avec Amazon Prime Video.

Malgré cette publication, le groupe reste prudent face à la dégradation du marché publicitaire français et ne communique aucune prévision pour la fin d'année. M6 conserve toutefois un attrait spéculatif, avec de possibles rapprochements avec TF1 ou CMA CGM, déjà actionnaire à hauteur de 11%. Ces opérations restent néanmoins limitées par des contraintes réglementaires jusqu'en 2028. L'action éligible au PEA-PME réduit sa baisse annuelle à 7,5%.

Le monde d'après

L'IA face à la vague bleue

La victoire des démocrates aux élections américaines pourrait compliquer la course à l'intelligence artificielle. Le parti reprend le contrôle des deux chambres du Congrès et remporte également le Texas. Une mauvaise nouvelle potentielle pour les géants de la tech, qui investissent des centaines de milliards de dollars dans les centres de données. Les démocrates pourraient en effet durcir les règles encadrant ces infrastructures, notamment en raison de leur consommation massive d'électricité et d'eau.

Le Texas est particulièrement stratégique puisqu'il concentre près d'un tiers des capacités américaines de centres de données, existantes ou en construction. La nouvelle gouverneure souhaite mieux encadrer leur développement, alors que plusieurs collectivités américaines ont également adopté des mesures restrictives. De quoi ralentir certains projets et augmenter leurs coûts, au moment où le marché s'interroge sur leur rentabilité.

Mais Wall Street relativise. Après un début de séance hésitant, les contrats à terme sur le Nasdaq progressent. Les démocrates ne souhaitent pas radicalement bloquer le développement de l'IA, tandis que la baisse des taux obligataires américains soutient les valeurs technologiques. Pour les géants du secteur, le principal risque pourrait finalement venir des décisions locales, capables de retarder la construction des infrastructures indispensables à leurs ambitions.

Demain à la une

Un jeudi riche en actus

Après les élections américaines et l'inflation européenne, les investisseurs auront de nombreux rendez-vous à suivre ce jeudi. En France, les chiffres de la production industrielle seront publiés en matinée. Ils permettront de prendre le pouls d'un secteur manufacturier toujours confronté au ralentissement économique et au coût élevé de l'énergie.

À 13h, la Banque d'Angleterre dévoilera sa décision de politique monétaire et ses nouvelles perspectives économiques. Avec une inflation toujours élevée au Royaume-Uni, le marché surveillera particulièrement les indications sur la trajectoire future des taux. À 14h30, les inscriptions hebdomadaires au chômage aux États-Unis apporteront un nouvel éclairage sur le marché du travail, avant le rapport mensuel officiel sur l'emploi attendu vendredi.

Enfin, une nouvelle vague de résultats d'entreprises animera la Bourse de Paris, notamment avec Engie, Legrand, Bouygues, Air France-KLM, Arkema, Veolia, ArcelorMittal et Euronext. Autant de publications qui permettront de mesurer la résistance des entreprises européennes dans un environnement économique toujours difficile.

Le lexique

Pourquoi une baisse des taux soutient-elle la hausse des actions ?

D'abord, parce que les entreprises peuvent emprunter à moindre coût pour financer leur développement, ce qui favorise leurs bénéfices. Ensuite, parce que les obligations rapportent moins, incitant les investisseurs à privilégier les actions. Les valeurs technologiques sont particulièrement sensibles à ce phénomène.

Leur valorisation repose souvent sur des bénéfices attendus dans plusieurs années. Or, une baisse des taux augmente la valeur actuelle de ces profits futurs, ce qui peut faire grimper leurs cours en Bourse. Attention toutefois, si les taux baissent parce que l'économie se dégrade fortement, les inquiétudes sur les bénéfices peuvent prendre le dessus.