Les marchés

Fin de la guerre ?

Le CAC 40 s'envole de 2,94% à 8 299 points, porté par un regain massif d'optimisme autour du dossier iranien. La Maison-Blanche estime se rapprocher d'un accord avec Téhéran destiné à mettre fin au conflit et à poser les bases de futures négociations sur le nucléaire. Même si Donald Trump continue d'afficher une posture ferme pour maintenir la pression, les investisseurs retiennent surtout une chose : pour la première fois depuis plusieurs semaines, une véritable perspective diplomatique semble émerger. Résultat, les actifs risqués repartent fortement à la hausse et le pétrole se détend autour des 100$ le baril.

L'enthousiasme est mondial. À Wall Street, le Nasdaq et le S&P 500 inscrivent (encore et toujours !) de nouveaux records historiques, avec des hausses respectives de 1,6% et 1,2%. À Paris, le CAC 40 revient désormais à seulement 4% de son plus haut historique. En Europe, les secteurs les plus sensibles à la conjoncture économique reprennent la main : banques, minières, automobile, aérien ou encore hôtellerie signent parmi les meilleures performances du jour. À l'inverse, les valeurs de l'énergie marquent une pause après leur impressionnant parcours depuis le début de l'année, pénalisées par le reflux du pétrole (-3,2% sur Total).

Mais derrière ce rebond spectaculaire, un autre moteur continue de soutenir les marchés : l'intelligence artificielle. La saison des résultats confirme que les géants technologiques restent extrêmement bien orientés, notamment après les solides publications d'AMD qui ravivent l'enthousiasme autour du secteur. Les investisseurs retrouvent donc aujourd'hui deux moteurs puissants : un risque géopolitique qui semble s'apaiser et une dynamique technologique toujours portée par l'intelligence artificielle. Deux éléments qui suffisent à raviver l'appétit pour le risque.

Les valeurs

Les valeurs cycliques

Les actions cycliques (voir lexique) rebondissent fortement ce mercredi, grâce aux espoirs d'accord entre les États-Unis et l'Iran, qui pourraient calmer les tensions au Moyen-Orient et rouvrir le détroit d'Ormuz. En conséquence, le baril de Brent chute de 8% aujourd'hui, profitant aux compagnies aériennes, très pénalisées par la hausse du carburant. Air France-KLM bondit de 9,6%, alors que sa facture carburant pourrait atteindre 9,3 milliards de dollars en 2026. Safran (+9%) et Airbus (+6%) s'envolent aussi, car une reprise du trafic aérien soutiendrait leurs activités.

Accor, très exposé au Moyen-Orient, gagne (+7,7%). Les groupes de luxe rebondissent également, avec Kering à +6,7%, Hermès à +5,3% et LVMH à +5,1%, après avoir souffert de la baisse des ventes dans la région et du recul des achats des clients du Golfe en Europe. Les banques françaises et les constructeurs automobiles ont aussi profité de cette détente, dont BNP Paribas (+5,2%), Société Générale (+5,5%), Crédit Agricole (+3,6%), Renault (+4,3%) et Stellantis (+4,6%). Le rebond est puissant mais fragile : les marchés espèrent désormais que les promesses se traduiront en actes, réduisant les risques de hausse des prix, de ralentissement économique et de coûts élevés pour les entreprises.

Novo Nordisk

Novo Nordisk clôture en gain de 1,79% ce soir, après un pic à plus de 9% en séance. L'ancienne gloire pharmaceutique, qui fut un temps première capitalisation européenne, rebondit grâce au succès de la version en pilule de Wegovy, son traitement contre l'obésité. Globalement, ses résultats trimestriels ont dépassé les attentes. Le groupe danois reste toutefois fragilisé : sa valeur en Bourse est passée de 630 milliards de dollars en juin 2024 à moins de 200 milliards aujourd'hui, sous l'effet de la concurrence du géant américain Eli Lilly, de baisses de prix aux États-Unis et de résultats décevants sur certains nouveaux traitements.

Les ventes du premier trimestre 2026 reculent en réalité de 4%, avec une baisse de 11% aux États-Unis. Mais les médicaments contre l'obésité progressent de 22%, portés par la pilule Wegovy, qui compte déjà plus de 2 millions de prescriptions depuis son lancement en janvier. Ses ventes ont atteint 2,3 milliards de couronnes danoises, soit environ 310 millions d'euros, au premier trimestre. Novo Nordisk a donc légèrement relevé ses objectifs annuels mais prévoit tout de même une baisse de ses ventes et de son résultat opérationnel comprise entre 4% et 12%, contre une baisse attendue auparavant estimée entre 5% et 13%. La situation reste donc fragile, mais les derniers chiffres de Novo Nordisk rassurent une partie du marché. Affaire à suivre !

Le coin des smalls

Advicenne

Advicenne n'est pas la valeur la plus connue de la cote parisienne, mais elle signe l'une des plus fortes chutes du jour. La société spécialisée dans les traitements contre certaines maladies rares des reins s'effondre de 34,21% à 0,80 euros après l'ouverture d'une procédure de sauvegarde, une protection judiciaire destinée aux entreprises en grande difficulté. Le groupe éligible au PEA-PME manque d'argent et doit gérer près de 30 millions d'euros de dettes.

Le paradoxe, c'est qu'Advicenne vend déjà son traitement principal en Europe et au Moyen-Orient. Mais ces ventes ne suffisent pas encore à couvrir ses besoins. Le groupe cherche donc à renégocier sa dette et à trouver de nouveaux financements pour tenir jusqu'en 2027. Le potentiel médical existe, mais pour le marché, la priorité est désormais beaucoup plus simple : assurer la survie financière de l'entreprise. Depuis le début de l'année, le titre chute de plus de 53%.

Le monde d'après

Les espoirs de paix

Il faut rester très prudent avec l'actuel rebond des marchés boursiers, tant les déclarations de Trump ont été contradictoires ces dernières semaines. Mais voilà ce que l'on sait à ce stade de la volte-face américaine et des espoirs, précaires, de désescalade.

Trump a annoncé la suspension temporaire de l'opération américaine « Project Freedom » dans le détroit d'Ormuz, moins de deux jours après son lancement. Cette intervention devait sécuriser le passage des navires dans cette zone stratégique, mais plusieurs pays, dont le Pakistan, ont demandé une pause pour laisser une chance à un accord avec l'Iran.

Le président américain affirme que des progrès ont été réalisés dans les négociations avec les dirigeants iraniens. Toutefois, le blocus des ports iraniens reste en place. Cette déclaration marque un léger apaisement après une forte montée des tensions ces derniers jours : l'Iran a tiré des missiles et des drones contre les forces américaines, tandis que les États-Unis affirmaient avoir frappé sept bateaux iraniens accusés de menacer le commerce maritime. Il s'agissait de la plus forte escalade depuis le début de la trêve d'un mois, entrée en vigueur le 8 avril.

Clairement, la situation reste fragile. La compagnie maritime française CMA CGM a annoncé aujourd'hui qu'un de ses navires avait été attaqué dans le détroit d'Ormuz, avec des blessés parmi l'équipage et des dégâts sur le bateau. Dans le même temps, le ministre iranien des Affaires étrangères s'est rendu en Chine pour discuter avec son homologue chinois. Pékin, important acheteur de pétrole iranien, appelle à l'arrêt des combats et à la reprise des négociations. Cette visite précède celle de Donald Trump en Chine, prévue les 14 et 15 mai, où il doit rencontrer le président Xi Jinping.

La ruée vers les puces continue

AMD confirme qu'il reste l'un des grands gagnants de la vague IA. Le groupe américain a publié des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, avec un chiffre d'affaires de 10,25 milliards de dollars au premier trimestre, en hausse de 38%, et un bénéfice ajusté par action de 1,37 dollar, lui aussi au-dessus du consensus. Le moteur principal reste plus que jamais les centres de données, dont les revenus ont bondi de 57% à 5,8 milliards de dollars, portés par la forte demande pour les processeurs EPYC et les GPU Instinct destinés à l'intelligence artificielle. Signe de confiance supplémentaire, AMD vise désormais 11,2 milliards de dollars de revenus pour le trimestre en cours, nettement plus que ce qu'attendait le marché.

La réaction boursière a été immédiate. L'action AMD bondit de 19% en séance après cette publication, preuve que les investisseurs continuent de récompenser les acteurs capables de monétiser concrètement l'explosion des dépenses dans l'IA. Lisa Su, la directrice générale, a souligné que la demande liée à l'intelligence artificielle restait très forte, portée par des besoins croissants en puissance de calcul. En clair, AMD montre que l'IA n'est plus seulement une promesse de marché, mais déjà un moteur concret de croissance.

En parallèle, le contraste avec Infineon illustre le degré d'exigence actuel du marché. Le groupe allemand a lui aussi publié des résultats solides et relevé ses perspectives annuelles, soutenu par une forte demande dans les solutions d'alimentation électrique pour les centres de données IA. Mais le titre cède malgré tout 1,6% ce soir, les investisseurs ayant tiqué sur le maintien de son objectif de 1,5 milliard d'euros de revenus liés aux data centers IA en 2026, jugé décevant. Dans l'univers des semi-conducteurs, il ne suffit plus d'être exposé à l'IA, il faut encore convaincre que cette exposition montera en puissance !

Demain à la une

Des promesses aux actes

Bien sûr, toute déception sur le front géopolitique pourrait rapidement changer l'ambiance en Bourse. Sur le plan économique, les investisseurs suivront demain les ventes au détail en zone euro, utiles pour mesurer la solidité de la consommation, ainsi que les inscriptions hebdomadaires au chômage, la productivité et les coûts salariaux aux États-Unis, des chiffres importants pour juger à la fois la santé de l'économie américaine et les risques d'inflation.

De quoi faire patienter les investisseurs avant le rapport mensuel sur l'emploi américain, prévu vendredi après-midi. Côté entreprises, la saison des résultats restera dense ce jeudi, avec notamment Shell, McDonald's, Rheinmetall, Engie, Airbnb, Coinbase, Legrand et Bouygues. Ces publications diront si la hausse récente des marchés repose aussi sur des bénéfices solides, et pas seulement sur l'optimisme géopolitique et l'engouement autour des nouvelles technologies et de l'IA.

Le lexique

Valeurs cycliques

Les actions cycliques sont des actions d'entreprises dont l'activité dépend fortement de la conjoncture économique. Elles ont tendance à bien se comporter lorsque l'économie est en croissance, car les ménages et les entreprises consomment et investissent davantage. À l'inverse, elles peuvent souffrir lors des ralentissements économiques. On les retrouve souvent dans des secteurs comme l'automobile, le tourisme, l'industrie, la construction ou les matières premières.