L'essentiel
- La valeur de référence, pour la revalorisation du 1er novembre 2026 de l'Agirc-Arrco, est de 1,6%, avec une fourchette théorique allant de 1,2% à 2%.
- L'évolution du salaire moyen risque de réduire cette fourchette.
- La décision finale sur la hausse annuelle sera dévoilée le mercredi 14 octobre 2026, avec une possible revalorisation effective au 1er novembre 2026.
1 - Revalorisation du 1er novembre 2026 : que dit la formule de calcul ?
Accord ou pas accord pour une revalorisation en novembre 2026 ? Avant de passer à ce point phare (on y revient dans le point 4, ci-dessous), attardons-nous sur les quatre éléments clé de l'accord national interprofessionnel de 2023, qui régit l'Agirc-Arrco jusqu'à la fin 2026, pour les hausses annuelles.
- La valeur de référence. « La valeur de service du point évolue au 1er novembre de chaque année comme les prix à la consommation hors tabac estimés pour l'année en cours moins un facteur de soutenabilité de 0,40 point ». L'Insee ayant annoncé une prévision d'inflation annuelle (hors tabac) de 2% sur l'année 2026, la valeur de référence, base de toute négociation, est de 1,6%.
- La marge de manœuvre. « L'écart entre l'évolution de l'indice retenu et l'évolution de la valeur de service du point ne peut dépasser 0,4 point ». La fourchette théorique de revalorisation va donc de 1,2% à 2%, comme l'a déjà signalé MoneyVox début septembre.
- Pas de baisse. « En aucun cas pendant cette période [2023 à 2026, NDLR], la valeur de service du point ne peut diminuer en valeur absolue ». La pension complémentaire ne peut donc pas baisser d'une année à l'autre.
- Le salaire moyen. « Elle ne peut pas non plus conduire à revaloriser les pensions au-delà de l'évolution des salaires ».
2 - Le salaire moyen, subtilité de cette même formule de calcul
Le salaire moyen, dernier élément clé de la liste ci-dessus, est facilement occulté mais, cette année, il pourrait jouer un rôle important. L'accord national interprofessionnel empêche une hausse dépassant l'évolution annuelle des salaires, autre indicateur relevé par l'Insee.
« Nous ne connaissons pas encore le salaire moyen par tête »
Or, si le salaire moyen par tête n'atteint pas les 2%, alors la fourchette de négociation deviendrait mécaniquement plus restreinte. « Nous ne connaissons pas encore le salaire moyen par tête », souligne Éric Chevée, vice-président de l'organisation patronale Les Entrepreneurs (ex CPME). « Nous le connaîtrons début octobre. Et celui-ci pourrait être inférieur à l'inflation. »
De fait, dans la dernière note de conjoncture de l'Insee, le salaire moyen par tête (SMPT) est attendu autour de 2% mais une source proche du dossier, à l'Agirc-Arrco, nous précise que les pronostics tournent plus autour de 1,7% ou 1,8% pour le SMPT qui sera pris en compte au moment de la prise de décision, début octobre. Ce qui aboutirait à une fourchette de négociation allant d'environ 1,2% à 1,8%, avec une base de discussion restant à 1,6%.
« Aucune raison au regard des réserves à ce que l'on ne fasse pas le maximum, à savoir 2% »
3 - Les subtilités de la négociation qui s'annonce
« La négociation va être difficile », anticipe sans ambiguïté Régis Mezzasalma, conseiller confédéral retraites de la CGT. « Il n'y a aucune raison au regard des réserves à ce que l'on ne fasse pas le maximum, à savoir 2%. »
Côté patronal, Éric Chevée refuse de se prononcer d'ores et déjà sur les consignes qui seront données aux administrateurs patronaux siégant au conseil d'administration de l'Agirc-Arrco, en appelant à la « solidarité patronale » sur ce point. Et en rappelant au passage que la revalorisation annuelle n'est pas à l'ordre du jour de la réunion du même conseil d'administration ce mercredi 23 septembre.
De fait, la rédaction de MoneyVox a fait le tour de plusieurs parties prenantes à cette négociation annuelle et l'heure est plutôt au round d'observation en attendant une discussion effectivement annoncée comme rude.
« Respect de la règle du maintien d'un niveau de réserves au moins égal à 6 mois de prestations jusqu'en 2037 inclus »
La règle d'or budgétaire. Un ultime paramètre entre en ligne de compte, comme le souligne notre source proche du dossier : les perspectives à long terme du régime. Brigitte Pisa, vice-présidente de l'Agirc-Arrco, représentant la CFDT au sein du conseil, insistait elle-même sur le fait que « pour la première fois depuis 1945, le nombre de naissances est inférieur au nombre de décès », au printemps dernier, à l'occasion de la présentation des résultats annuels de l'Agirc-Arrco. Ainsi, figure dans l'accord de 2023 l'engagement du « respect de la règle du maintien d'un niveau de réserves au moins égal à 6 mois de prestations jusqu'en 2037 inclus ». Et cela risque d'être pésenté en contre-argument des 91,2 milliards d'euros de réserves fin 2025 car, selon cette même source, sur une projection de 15 ans, le régime serait à la limite de l'équilibre.
4 - L'historique du gel de la complémentaire en novembre 2025
Surtout, la discussion de cet automne 2026 va s'entamer avec la rancœur de l'échec de la négociation d'octobre 2025. Une absence d'accord qui s'était soldée par un gel de la valeur du point Agirc-Arrco au 1er novembre 2025. Un gel resté en travers de la gorge des représentants syndicaux, qui ont même porté l'affaire en justice, contestant le fondement juridique d'un gel faute d'accord : « Nous avons une autre lecture » que l'équation « absence d'accord = zéro », appuie Régis Mezzasalma, de la CGT. Le calendrier judiciaire étant long, les syndicats espèrent a minima une prise en compte de cet historique dans la négociation de cette année, réclamant donc une compensation du gel de l'an passé. Plus précisément, un « rattrapage » du gel de l'an passé, pour reprendre les termes de Régis Mezzasalma.
Malgré des positions apparaissant pour l'heure peu compatibles et la tension non feinte, les deux parties semblent vouloir éviter un bis repetita. « S'il n'y avait pas d'accord comme l'an dernier, alors ce serait le paritarisme de décision qui serait impacté », insiste Éric Chevée. « Ce serait un sale coup qui serait fait à l'approche d'élections primordiales, en 2027. Un mauvais signal pour la gestion paritaire. »
5 - Le calendrier de la hausse
Syndicats et organisations patronales siégant au conseil d'administration de l'Agirc-Arrco se retrouvent ce mercredi 23 septembre pour discuter... de l'accord national interprofessionnel à renouveler en 2027 pour le pilotage du régime complémentaire. « Mercredi soir, c'est une réunion d'anticipation sur les réunions 2027 », coupe Éric Chevée quand MoneyVox évoque l'ouverture d'un cycle de négociation. Cela ne signifie pas pour autant que la revalorisation annuelle 2026 sera totalement occultée lors des échanges de ce mercredi soir. Mais ce n'est pas à l'ordre du jour, insiste le vice-président des Entrepreneurs.
Cette semaine, selon nos informations, les syndicats et les représentants patronaux vont tout de même recevoir des éléments chiffrés sur le pilotage de l'Agirc-Arrco : finances du régime complémentaire, projections de l'Insee, salaire moyen, etc.
La décision du conseil d'administration, autrement dit l'accord (ou non) sur la hausse annuelle, sera dévoilée le mercredi 14 octobre. Pour une revalorisation, en cas d'accord au 1er novembre 2026. Celle-ci sera visible sur le versement de la pension du lundi 2 novembre.
