A l'issue de la réunion du conseil des gouverneurs de l'institution monétaire, le taux de dépôt, qui sert de référence, est resté à 2% jeudi, son niveau depuis juin 2025.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a parlé d'une « décision éclairée », même si « elle repose encore sur des informations insuffisantes ». Les vingt-six membres de l'instance de décision ont débattu de « différentes options », a-t-elle souligné, ajoutant que le statu quo avait été finalement adopté à l'unanimité.
Les gardiens de l'euro veulent pouvoir mieux jauger l'impact du conflit armé lancé fin février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran. Dans la zone euro, cette guerre a déjà amené l'inflation à 3% en avril, un niveau plus vu depuis septembre 2023, et donné un coup de frein à la croissance (+0,1%) au premier trimestre, selon Eurostat.
Ainsi, « six semaines seront le bon délai pour évaluer l'évolution de la situation, notamment pour mieux comprendre l'issue possible du conflit – ou, à défaut d'issue, tirer des enseignements », a expliqué Mme Lagarde. L'incertitude demeure sur la reprise de négociations entre Iraniens et Américains pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Le blocage du détroit d'Ormuz, voie stratégique par laquelle transitent en temps normal près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures, reste complet. Cela a provoqué une hausse rapide et brutale des prix de l'énergie, sans toutefois atteindre les scénarios les plus pessimistes envisagés par la BCE.
Cependant, « je pense avoir une idée de la direction que nous prenons », a indiqué Mme Lagarde, sans pour autant déclarer pour acquise une hausse des taux en juin, qui était le scénario privilégié des marchés avant la réunion de jeudi. « Les risques » d'une inflation en hausse et d'une croissance en baisse « se sont intensifiés », a prévenu la BCE. Mais pour l'heure, il n'y a pas d'« effets de second tour », sorte d'effet domino, par exemple sur les niveaux des salaires et des prix des entreprises, a aussi déclaré Mme Lagarde.
Pas de stagflation
Le Conseil des gouverneurs de la BCE « surveillera de près la situation » dans les semaines qui viennent, à la manière d'autres grandes banques centrales occidentales qui ont aussi opté pour l'immobilisme.
Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale (Fed) a sans surprise maintenu mercredi ses taux directeurs dans la fourchette de 3,50% à 3,75%, comme depuis décembre, attendant de voir comment la première économie mondiale encaisse la guerre au Moyen-Orient. La Banque d'Angleterre (BoE) a laissé son principal taux directeur inchangé jeudi, à 3,75%, comme attendu.
En zone euro, les attentes d'inflation des ménages sur douze mois ont certes grimpé à 4% en mars, contre 2,5% en février, mais celles à cinq ans sont restées quasi inchangées, proches de 2%. Un désencrage de ces anticipations sur la durée serait l'un des signaux d'alarme poussant la BCE à réagir, via des taux plus élevés.
Une certitude selon Mme Lagarde : le spectre de la « stagflation » en zone euro, agité par des économistes, n'est pas d'actualité. La stagflation, mélange de croissance économique ralentie et de hausse des prix, est associée « aux années 1970 », qui étaient « une situation entièrement différente », a-t-elle insisté. Selon elle, dans la zone euro, « nous maîtriserons l'inflation » et donc « nous ne nous retrouverons donc pas dans ce scénario ».
Ainsi la BCE « reste en bonne position pour faire face à l'incertitude actuelle », indique l'institution dans un communiqué, notamment parce que les finances des ménages restent solides et que les entreprises investissent, le tout offrant un « amortisseur face aux retombées de la guerre » au Moyen-Orient.
Au final, une hausse des taux lors de la réunion de juin de la BCE, « qu'elle soit symbolique ou même une erreur de politique monétaire » en risquant de casser une fragile croissance, « est clairement devenue plus probable aujourd'hui », a commenté Carsten Brzeski, analyste chez ING.