Les marchés : Le calme avant la Fed
Le CAC 40 enchaîne une quatrième séance de hausse consécutive et gagne 0,75% à 8 447 points. Les investisseurs continuent de profiter de l'accalmie au Moyen-Orient, alors que les tensions entre Washington et Téhéran semblent progressivement perdre en intensité. Cette détente se reflète également sur le marché pétrolier, où les cours poursuivent leur reflux.
Après plusieurs mois dominés par les risques géopolitiques et les craintes inflationnistes, les marchés retrouvent un peu de visibilité. Mais l'attention se déplace désormais vers un autre rendez-vous majeur : la première réunion de la Réserve fédérale sous la présidence de Kevin Warsh.
Aucune surprise n'est attendue sur les taux d'intérêt, qui devraient rester inchangés. En revanche, les investisseurs scruteront le ton employé par le nouveau président de la Fed. Les derniers chiffres d'inflation aux États-Unis restent élevés, à 4,2% sur un an, ce qui rend difficile toute perspective de baisse de taux à court terme.
La Fed pourrait adopter un discours plus ferme contre l'inflation et moins favorable à une baisse des taux. C'est ce que les marchés appellent un biais plus restrictif. La conférence de presse de Kevin Warsh sera donc particulièrement suivie afin d'évaluer sa volonté de maintenir l'indépendance de la banque centrale face aux pressions répétées de Donald Trump en faveur de taux plus bas.
Pendant ce temps, un autre phénomène continue de capter l'attention des investisseurs : SpaceX. Après son introduction en Bourse record vendredi, l'entreprise d'Elon Musk poursuit son ascension et progresse encore fortement. Sa valorisation dépasse désormais 2 600 milliards de dollars, se rapprochant de celle d'Amazon.
Une envolée spectaculaire qui contraste toutefois avec la réalité financière du groupe, toujours déficitaire. Cette euphorie illustre une nouvelle fois l'appétit des marchés pour les grandes histoires de croissance et d'innovation, même lorsque les bénéfices ne sont pas encore au rendez-vous.
Les valeurs : Renault et Thales reculent malgré les annonces, JC Decaux en forme
Renault et Thales confirment une tendance de fond : la montée en puissance de l'industrie de défense en Europe. Les deux groupes annoncent un partenariat stratégique pour développer une filière française de drones militaires, en associant le savoir-faire technologique de Thales dans la défense à l'expertise industrielle de Renault. L'objectif est de produire plus vite, plus efficacement et en France, dans un contexte où les États veulent reconstituer leurs capacités militaires et réduire leur dépendance à l'étranger.
Cette collaboration doit commencer avec la fabrication à grande échelle de Toutatis, une munition téléopérée conçue pour les conflits de haute intensité. La production pourrait démarrer en 2027, avec une cadence visée de 1 000 unités par mois dès la première année. Pour Thales, c'est un nouveau relais dans un secteur déjà très porteur. Pour Renault, c'est une manière d'utiliser son outil industriel au-delà de l'automobile, alors que le marché reste sous pression face à la concurrence chinoise et à une demande plus hésitante. Mais l'annonce ne suffit pas à soutenir les titres ce soir : Thales recule de 1,08% à 228,10 euros, tandis que Renault perd 3,4% à 27,82 euros.
JCDecaux profite aujourd'hui d'un soutien de poids en Bourse. Bank of America relève sa recommandation à l'achat sur le numéro un mondial de la publicité extérieure, avec un objectif de cours porté à 23 euros. Pour la banque américaine, l'horizon s'éclaircit pour le secteur. Dans un monde où les audiences sont de plus en plus dispersées entre réseaux sociaux, streaming et plateformes numériques, l'affichage dans les rues, les aéroports ou les transports conserve un avantage simple à comprendre : il reste visible, massif et difficile à contourner. Cette note positive permet au titre de bondir de 4,95% aujourd'hui à 19,73 euros.
La banque mise sur un rebond durable de l'activité, porté par plusieurs moteurs. Les grands contrats remportés à Stockholm, Barcelone ou Denver devraient soutenir la croissance, tandis qu'une reprise au Moyen-Orient offrirait un relais supplémentaire. JCDecaux accélère aussi dans le numérique, avec des panneaux digitaux plus rentables et des campagnes capables de s'adapter au contexte, comme la météo ou le lieu d'affichage. Après une période plus compliquée pour la publicité, le marché redécouvre ce dossier familial, bien positionné sur la transformation de son secteur. Depuis le début de l'année, le titre gagne désormais 27%.
Le coin des smalls : LightOn bondit
Le spécialiste français de l'IA pour les entreprises bondit de 40% à 5,38 euros après avoir annoncé que ses solutions sont désormais utilisées par une quinzaine d'institutions publiques françaises, dont des ministères, des régions et des collectivités locales. Le mouvement est aussi soutenu par les annonces de Sébastien Lecornu, qui prévoit 655 millions d'euros supplémentaires pour développer l'intelligence artificielle en France. Pour les investisseurs, le sujet dépasse largement le seul contrat annoncé aujourd'hui. C'est toute la thématique de l'IA souveraine qui revient sur le devant de la scène.
LightOn apparaît donc comme l'un des rares acteurs cotés capables de profiter de cette volonté politique. Ses outils permettent notamment aux administrations de chercher plus facilement dans leurs documents internes ou d'automatiser certaines tâches. Le dossier reste fragile, avec un titre éligible au PEA-PME encore en baisse de plus de 50% depuis son introduction fin 2024. Mais cette annonce redonne de la visibilité à LightOn, désormais en hausse de 7% depuis le début de l'année.
La question corporate
Le dividende est-il un signe de force ou un aveu de faiblesse ? En soixante ans à la tête de Berkshire Hathaway, Warren Buffett n'a versé qu'un seul dividende. C'était en 1967, dix cents par action, et il en plaisante encore : il devait se trouver aux toilettes au moment de la décision. Voilà donc le plus célèbre investisseur de l'histoire, celui qui a bâti l'une des plus formidables machines à créer de la valeur du siècle, qui n'a jamais voulu rendre un centime à ses actionnaires, tout en remplissant son propre portefeuille de Coca-Cola, l'un des payeurs de dividendes les plus réguliers du monde.
Le monde d'après : Microsoft prépare la facture IA
Microsoft franchit une nouvelle étape dans la monétisation de l'intelligence artificielle en entreprise. Le groupe américain lance ce mardi Copilot Cowork, un nouvel outil capable de réaliser des tâches plus longues et plus autonomes, comme analyser un budget, préparer une présentation, répondre à des mails ou trier des données. Il viendra s'ajouter à Copilot, déjà facturé 28 euros par mois et par utilisateur, afin d'ancrer davantage l'IA dans le fonctionnement quotidien des entreprises.
Mais derrière la promesse de productivité, le vrai sujet reste le prix. Contrairement à un abonnement classique, Copilot Cowork devrait être facturé à l'usage, sous forme de tokens. Autrement dit, plus l'entreprise utilise l'outil, plus elle paie. Un modèle potentiellement difficile à piloter pour les directions informatiques, car la facture peut vite devenir imprévisible. Selon plusieurs estimations, une simple session avec un agent autonome pourrait représenter entre 10 euros et 200 euros de puissance de calcul. Un chiffre qui rappelle une réalité souvent oubliée : l'IA avancée coûte cher à faire fonctionner, entre les centres de données, les puces spécialisées et l'électricité nécessaire.
Cette évolution confirme une tendance de fond : l'ère de l'IA gratuite, ou presque gratuite, touche à sa fin. De plus en plus d'outils, comme GitHub Copilot ou Claude Code, basculent eux aussi vers une tarification à l'usage. Pour les entreprises, l'enjeu ne sera donc plus seulement d'adopter l'intelligence artificielle, mais aussi de contrôler sa consommation. Pour les grands acteurs du secteur, en revanche, cette nouvelle étape pourrait ouvrir un relais de croissance majeur, à condition que les clients acceptent des factures potentiellement beaucoup plus élevées.
Demain à la une : Le baptême du feu pour Warsh
Tous les regards seront tournés vers la Réserve fédérale américaine. Trois semaines seulement après sa nomination, Kevin Warsh passera son premier grand test face aux marchés. Si la Fed devrait sans surprise maintenir ses taux d'intérêt inchangés, les investisseurs chercheront surtout à comprendre comment son nouveau président compte gérer une inflation repartie à la hausse sous l'effet des tensions au Moyen-Orient. Plus encore que la décision elle-même, c'est le ton adopté lors de sa conférence de presse qui sera analysé pour tenter d'anticiper les prochaines décisions de la banque centrale.
Avant ce rendez-vous très attendu, les ventes au détail américaines apporteront un nouvel éclairage sur la santé du consommateur américain. Malgré la hausse récente des prix de l'essence, les dépenses des ménages devraient rester solides. Entre consommation, inflation et politique monétaire, cette journée pourrait fournir des indications précieuses sur l'orientation des marchés pour les mois à venir.
Le lexique : Les ventes au détail
Aux États-Unis, les ventes au détail seront très surveillées, car elles diront si le consommateur américain continue de dépenser malgré l'inflation et les taux élevés. Un chiffre solide rassurerait sur la résistance de l'économie, mais pourrait aussi éloigner l'espoir d'une baisse rapide des taux. À l'inverse, des ventes décevantes signaleraient un essoufflement de la consommation. Dans le contexte actuel, les marchés chercheront donc surtout à savoir si l'économie ralentit enfin, ou si la Fed devra rester ferme plus longtemps.