Le début du déploiement de cet euro numérique, voulu par la Banque centrale européenne (BCE), est espéré en 2029, à condition que les institutions européennes s'accordent rapidement sur une réglementation. Les préparatifs techniques, toutefois, sont déjà en cours.

Quelle forme cet euro numérique prendra-t-il ? À quoi servira-t-il ? Qu'apportera-t-il par rapport aux solutions existantes ? Voici ce que l'on peut dire.

L'euro numérique, qu'est-ce que c'est ?

L'euro numérique sera ce qu'on appelle une monnaie de banque centrale, de nature assez différente de l'argent que vous détenez sur vos comptes bancaires.

Aujourd'hui, l'euro, c'est-à-dire la monnaie émise par la Banque centrale européenne (BCE), existe seulement sous une forme physique : en pièces et en billets. L'argent de vos comptes, lui, est « créé » par votre banque, pour le dire simplement. C'est donc elle qui le garantit, pas la BCE. Si votre banque vient, par exemple, à faire défaut, cet argent peut se retrouver inaccessible. Il existe bien un dispositif de garantie des dépôts, incarné en France par la FGDR, mais il n'est pas illimité : 100 000 euros maximum par déposant et par banque.

À l'inverse, l'accès et la valeur des euros en pièces et billets sont garantis par la BCE. Cet euro sonnant et trébuchant est d'ailleurs le seul à avoir cours légal. C'est pour cela que, contrairement à la carte bancaire ou au chèque, un commerçant n'a pas le droit de vous refuser un paiement en cash.

L'usage de ces espèces, toutefois, a tendance à reculer, au profit d'autres instruments de paiement, et surtout de la carte de paiement. D'où la volonté de la BCE, relayée par la Commission européenne, de créer un euro dématérialisé, adapté à l'âge du numérique, qui disposerait des mêmes caractéristiques que l'euro physique.

À quoi va ressembler l'utilisation de l'euro numérique ?

Le projet est de stocker ces euros numériques dans un portefeuille numérique de paiement qui, lui-même, pourra être incorporé dans l'application de votre banque. Un peu à l'image de Wero, le portefeuille numérique développé par une quinzaine de banques européennes et qui compte déjà de nombreux adeptes.

L'usage de ce portefeuille sera gratuit. Le montant qui pourra y être détenu sera limité, à un niveau qui reste à définir. « Chacun pourra alimenter son portefeuille d'euro numérique à partir de son compte bancaire, soit de manière automatique (au fil des besoins), soit de manière ponctuelle, exactement comme lors d'un retrait de billets à un distributeur », explique Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous-gouverneure de la Banque de France, dans un récent billet sur le sujet.

Cet euro numérique pourra s'échanger entre particuliers, mais aussi être utilisé pour payer en magasin physique ou en ligne.

Qu'apportera-t-il de plus par rapport aux solutions existantes ?

L'euro numérique arrivera dans un environnement où les solutions de paiement numériques sont déjà nombreuses et très utilisées, à l'image de la carte de paiement. Pourquoi, dans ce cas, la BCE estime-t-elle son existence indispensable ?

C'est d'abord une question de souveraineté. La plupart des solutions aujourd'hui disponibles ne sont pas européennes. À l'exception du virement SEPA, peu utilisé pour les paiements de détail, les seuls moyens de paiement électroniques utilisables dans toute la zone euro sont aujourd'hui des réseaux d'acceptation états-uniens, principalement Visa et Mastercard. L'objectif avec l'euro numérique est donc de réduire la dépendance à ces solutions et de réduire ainsi le risque de subir des coupures de service, par exemple en cas de tensions géopolitiques avec les États-Unis. L'euro numérique pourrait également constituer un moyen de paiement moins coûteux en commissions, pour les commerçants et les consommateurs, que les réseaux d'acceptation existants (CB, Visa, Mastercard).

La confidentialité ensuite. Il sera possible d'utiliser l'euro numérique hors ligne, sans laisser de traces numériques. « Comme aujourd'hui, la banque saura que j'ai demandé 20 € de monnaie centrale, mais elle ne saura pas ce que j'en ai fait », résume Agnès Bénassy-Quéré.

L'inclusion financière enfin. Avec l'euro numérique, tous les citoyens de l'UE pourraient disposer d'une monnaie digitale facilement utilisable. La BCE pourrait ainsi proposer un portefeuille numérique, permettant aux personnes non (ou mal) bancarisées d'utiliser elles aussi l'euro numérique.